La richesse de la Suisse, c’est aussi ses paysages et sa nature
par Christophe Clivaz | 2 Avr 2026 | BIODIVERSITÉ, CLIMAT, SANTÉ, SOCIÉTÉ
La véritable richesse de la Suisse regorge de diversité paysagère et de milieux riches en espèces. Entre les prairies, les lacs, les rivières, les forêts de feuillus et de conifères, ou encore les paysages rocheux qui côtoient parfois les glaciers, la liste est longue. Par rapport à 2010, la biodiversité se porte mieux, mais il reste encore une grosse marge de progression.
Pourtant, il y a longtemps que cette richesse, devenue très fragile, ne va plus de soi. Depuis le milieu du XXe siècle, l’utilisation intense des terres, une consommation élevée des ressources, la pression urbaine et les apports d’azote ont significativement modifié les cycles naturels. De précieux milieux ont fortement régressé ou se sont vus transformés. Un des exemples les plus marquants est la disparition des marais, dont la surface totale a diminué de 95% depuis 1900.
Cette évolution fait l’objet de la dernière publication de l’Académie suisse des sciences « Comprendre et agir pour la biodiversité », qui présente l’état de la biodiversité en Suisse et les changements qu’elle a subis, en particulier ces 15 dernières années. Le rapport souligne que la promotion de la biodiversité peut être couronnée de succès lorsqu’on la met en œuvre de façon ciblée et cohérente.
Des signaux positifs, enfin
La situation s’est ainsi améliorée pour de nombreuses espèces. C’est le cas du pic vert, de la mésange bleue ou du martin-pêcheur, qui ont vu leur population croître à nouveau, après des décennies de déclin. Le fait est que nous sommes déjà capables d’exploiter les milieux des paysages cultivés d’une manière favorable à la biodiversité.
Et à cela s’ajoutent les nouvelles pratiques urbanistiques, comme la création de rues-jardin dans nos villes et villages. Ces rues-jardins offrent des habitats à de nombreuses espèces végétales et animales au milieu d’une zone résidentielle bétonnée. Ces rues, constituées d’espèces indigènes et résistantes aux extrêmes climatiques, rendent nos quartiers plus agréables en offrant une climatisation naturelle et en réduisant les risques liés aux inondations.
Les pressions restent là, et certaines passent sous les radars
Ceci dit, la biodiversité en Suisse continue de subir des pressions diverses se renforçant les unes les autres : utilisation intensive du sol, pollution, espèces exotiques envahissantes, changement climatique.
Parmi ces différentes pressions il en est une qui passe presque inaperçu : le soutien financier de l’Etat pour des activités dommageables pour la biodiversité, par exemple dans le domaine de l’énergie ou des transports. Dans une étude réalisée en 2020, l’Institut de recherche WSL a identifié 162 subventions, allégements fiscaux et autres incitations financières ayant un impact négatif sur la biodiversité. Supprimer ces subventions nocives aurait un effet doublement positif, puisque cela permettrait non seulement de préserver la biodiversité encore présente, mais aussi de libérer des moyens pour restaurer et renforcer les milieux détériorés et ainsi la qualité et la richesse biologique de nos paysages.
La biodiversité est vitale et fondamentale. C’est de l’eau propre, des sols fertiles, la régulation du climat, la santé, la protection contre les dangers naturels, et la qualité de vie. Des progrès ont été réalisés ces dernières années et il faut continuer et intensifier les efforts actuels. Mais ce n’est pas encore gagné : les décisions récentes prises par le parlement visant à affaiblir la protection des eaux ne vont malheureusement pas dans le bon sens…