Le parlement rouvre la porte du nucléaire. Qui en profite, au juste?

Le parlement rouvre la porte du nucléaire. Qui en profite, au juste?

Non à une décision qui fait les affaires du lobby fossile et qui pénalise l’hydroélectricité.

Une stratégie qui fonctionne, malgré ce qu’on entend

Rouvrir la porte du nucléaire revient à remettre en cause la Stratégie énergétique 2050, acceptée par le peuple en 2017. Or cette stratégie porte ses fruits: la Suisse a atteint, avec dix ans d’avance, les objectifs qu’elle s’était fixés pour 2035. Ces objectifs ont certes été relevés depuis, avec la loi sur l’électricité adoptée il y a deux ans. Mais cette loi vient à peine d’entrer en vigueur et n’a pas encore déployé ses effets.

Affirmer aujourd’hui que la Stratégie énergétique 2050 est un échec, et que le développement des renouvelables ne fonctionne pas, relève donc de la désinformation. Un seul exemple: tous les deux ans, la nouvelle production photovoltaïque équivaut à celle d’une des deux centrales de Beznau. Et l’on ne parle même pas de l’énorme potentiel d’économies d’énergie, qui reste inexploité faute de volonté politique. Les défis sont réels — réseaux, stockage, gestion intelligente — mais les solutions existent.

Une fausse pénurie, et à qui elle profite

C’est pourtant cette fake news qui s’installe peu à peu dans le débat, portée par le lobby nucléaire et soutenue en sous-main par le lobby fossile. Ce dernier a tout intérêt à entretenir l’idée que la Suisse va manquer d’électricité. Car la décision du parlement n’est pas un simple principe de précaution qui lèverait l’interdiction de construire au cas où le pays en aurait besoin un jour. Elle crée de l’incertitude sur le marché, ralentit les investissements dans les renouvelables et permet au lobby fossile de vendre son pétrole et son gaz plus longtemps.

L’hydroélectricité, première victime

Une étude qui vient de paraître, réalisée par la HES-SO Valais, le confirme: l’arrivée d’une nouvelle production nucléaire ferait baisser les prix de gros et raréfierait les heures de prix élevés — précisément celles dont dépend la rentabilité des opérateurs hydroélectriques. Le manque à gagner annuel pour le parc hydraulique suisse pourrait atteindre plusieurs centaines de millions de francs. Dès lors, vaut-il la peine d’investir pour quatre-vingts ans dans un barrage, si sa production doit être concurrencée par du nucléaire dans quelques décennies?

On peine à comprendre que des parlementaires bourgeois des cantons alpins aient soutenu ce retour du nucléaire, qui fragilise une économie hydroélectrique si précieuse pour les régions de montagne.

Une facture, et personne pour dire qui la paiera

Quant aux coûts et au financement d’une nouvelle centrale, ils n’ont pas intéressé le parlement. La population devra donc se prononcer sans savoir qui paiera l’addition — alors que tout le monde s’accorde sur un point: aucune centrale ne verra le jour sans un soutien financier massif de l’État.

Dépendance, risque et déchets: ce qu’on préfère oublier

Le nucléaire, c’est aussi prolonger notre dépendance à l’uranium importé d’États autoritaires ou instables, comme la Russie ou le Kazakhstan. C’est encore accepter le risque d’un accident majeur, même si la mémoire collective a tendance à ranger Tchernobyl et Fukushima au rayon des vieux souvenirs. Et c’est toujours, cinquante-sept ans après la mise en service de notre première centrale, repousser la question des déchets radioactifs, pour lesquels aucune solution n’a été trouvée.

Signez le référendum

Le référendum est lancé.  Je vous encourage à le signer pour que la population puisse se prononcer sur cette remise en cause de la stratégie énergétique nationale qui fragilise le développement des énergies renouvelables et la protection du climat.

Service civil : une réforme inutile qui affaiblit la collectivité sans renforcer l’armée

Service civil : une réforme inutile qui affaiblit la collectivité sans renforcer l’armée

La modification de la loi sur le service civil, présentée comme un renfort pour l’armée, risque en réalité de priver nos hôpitaux, nos EMS et l’agriculture de montagne d’une force vive essentielle, sans pour autant garantir un seul soldat supplémentaire. Décryptage d’une fausse bonne idée qui met en péril des services publics indispensables et la sécurité alimentaire de la Suisse.

En 2020, le Parlement fédéral a enterré la modification de la loi sur le service civil, car ce projet aurait simplement affaibli cette institution sans pour autant renforcer l’armée, ce qui était pourtant l’objectif initial de la réforme. Cinq ans plus tard, le projet revient presque à l’identique sur la table. Une nouvelle fois, ce texte ne renforce pas l’armée mais affaiblit le service civil : nous parlons ici d’une réduction de 40 % des effectifs !

Or, le Conseil fédéral l’a admis lui-même : il ne peut garantir une augmentation des effectifs de l’armée, puisque beaucoup de jeunes choisiront de se faire reconnaître médicalement inaptes au service s’ils n’ont plus la possibilité d’effectuer le service civil. De plus, la loi prévoit que l’armée suisse vise un effectif réglementaire de 100 000 militaires en service actif, avec un maximum fixé à 140 000 personnes astreintes. Aujourd’hui, cet objectif est largement atteint, puisqu’en 2025, l’effectif de l’armée dépasse le plafond légal pour atteindre près de 147 000 personnes.

L’année passée, ce ne sont pas moins de 430 000 heures de travail qui ont été fournies par les civilistes pour l’agriculture suisse.

Les civilistes sont des personnes aptes au service militaire qui, pour des raisons de conscience, accomplissent un service de remplacement. Celui-ci dure 1,5 fois plus longtemps que le service militaire. En 2025, 1,9 million de jours de service civil ont été effectués. Tout comme les militaires, les civilistes contribuent à leur manière à la sécurité de la population. Nous l’avons constaté lors de la crise du COVID, où les civilistes étaient en première ligne aux côtés du personnel soignant dans les hôpitaux et les EMS. De même, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, les civilistes ont travaillé dans les centres d’asile pour accueillir les réfugié·e·s ukrainien·ne·s.

Les civilistes au soutien de l’agriculture

Dans l’agriculture, les civilistes contribuent à la sécurité alimentaire du pays et à l’économie alpestre en soutenant nos paysans de montagne. L’année passée, ce ne sont pas moins de 430 000 heures de travail qui ont été fournies par les civilistes pour l’agriculture suisse. Beaucoup de petites exploitations agricoles seraient en grande difficulté sans eux, car la charge de travail deviendrait insupportable et les rendements trop faibles. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a convaincu l’Association suisse des petits paysans de dire clairement non à cette loi. Même l’Union suisse des paysans a décidé de laisser la liberté de vote, bien qu’elle soit très proche des milieux de l’armée.

Les prestations du service civil sont très utiles dans les établissements médico-sociaux, les hôpitaux, les écoles, les institutions s’occupant de personnes en situation de handicap ou encore les institutions culturelles. Le travail des civilistes bénéficie également à la préservation des paysages et au tourisme dans notre canton. Par exemple, l’année passée, plusieurs civilistes ont restauré le mur en pierres sèches historique le long de l’Albinenweg, dans le Parc naturel régional du Bois de Finges, contribuant ainsi au maintien de l’attractivité touristique de ce paysage.

Un besoin réél au service de la collectivité

Les personnes effectuant leur service civil interviennent là où les ressources en personnel qualifié manquent et contribuent ainsi au fonctionnement quotidien d’institutions essentielles à notre pays. Elles ne prennent donc pas la place de personnes au chômage. Au total, il y a en Suisse 15 770 places d’affectation disponibles dans plus de 4 200 établissements, ce qui démontre que le service civil répond à un besoin réel de nombreuses structures.

Le service civil contribue donc au bon fonctionnement de notre pays et mérite d’être maintenu dans sa forme actuelle. Ne nous laissons pas duper par cette loi qui prétend renforcer l’armée. Tout ce qu’elle fera, c’est réduire le nombre de jours de service civil accomplis pour des tâches utiles à la collectivité et augmenter le nombre de jeunes déclarés inaptes au service militaire.

Tout comme les Vert·es suisses, j’en appelle à voter Non à cette modification de la loi.
Aéroport de Sion : tous les contribuables valaisans appelés à financer les vols en jets privés ?

Aéroport de Sion : tous les contribuables valaisans appelés à financer les vols en jets privés ?

L’aéroport de Sion doit se concentrer sur le sauvetage aérien et l’innovation. Il faut signer le référendum.

Le Grand Conseil valaisan a adopté jeudi 12 mars la « Loi sur la société de gestion et d’exploitation de l’aéroport de Sion », actant sa cantonalisation. Derrière cette loi se cachent des objectifs de développement ambitieux et controversés : tripler les vols commerciaux, augmenter la fréquence journalière et attirer une clientèle de jets privés.

Face aux profondes contradictions de ce projet avec les objectifs climatiques du canton, sans oublier la pollution de l’air, les nuisances sonores et le risque économique majeur, les Vert·es valaisan·nes ont lancé un référendum. Aux côtés d’associations environnementales et d’autres partis, nous exigeons que la population puisse s’exprimer sur un projet d’une telle envergure, qui touchera toutes les communes et tous les contribuables.

Un bilan économique lourd et des promesses non tenues

Depuis le milieu des années 2000, j’ai suivi activement ce dossier comme élu au législatif, puis à l’exécutif de la ville de Sion jusqu’en 2019. Le constat est sans appel : malgré les échecs répétés dans la création de lignes vers des destinations européennes, malgré des dizaines de millions d’investissements et des pertes d’exploitation récurrentes, la majorité des dirigeants répète la même rengaine. Ils persistent à vouloir développer cet aéroport, présenté comme vital pour la prospérité économique et touristique, alors que trois aéroports internationaux (Genève, Zurich, Milan) sont situés dans un rayon de 200 km, tous aisément accessibles en train ou en voiture.

Dans un contexte de finances cantonales sous pression, la question est simple : est-il justifié d’engager des ressources publiques importantes dans une infrastructure déficitaire, dont les bénéfices directs pour la majorité de la population restent limités ?

  • L’aéroport affiche aujourd’hui un déficit annuel d’environ 3 millions de francs.
  • Le projet de développement prévoit un investissement annuel supplémentaire de 3 à 6 millions de francs, réparti entre le canton, toutes les communes et la ville de Sion.

Pour de nombreuses communes valaisannes, qui ne tirent aucun avantage concret de l’aéroport, cette contribution est difficilement justifiable.

Une dérive vers le luxe au détriment du service public

L’aéroport de Sion s’éloigne dangereusement de sa mission de service public. Il se transforme progressivement en une plateforme pour jets privés, réservée à une minorité privilégiée. Pendant que la majorité des citoyen·ne·s fait des efforts pour réduire son empreinte carbone et subit la hausse du coût de la vie, une élite bénéficie d’infrastructures financées par l’argent public pour voyager en jet privé. Cette situation crée une injustice sociale et environnementale inacceptable.

L’alternative du rail et le bon sens écologique

Plutôt que d’investir massivement dans une infrastructure aérienne à l’utilité limitée, il est urgent de renforcer les infrastructures existantes, en particulier le rail. Le réseau ferroviaire permet déjà de relier le Valais aux grandes villes suisses et européennes. Améliorer ces connexions, par exemple vers Milan, ou développer des « TGV des neiges », offrirait des bénéfices concrets pour la population. Cela faciliterait les déplacements du quotidien tout en renforçant l’attractivité touristique du canton, sans exploser le bilan carbone.

Ce que demande le référendum

Il est crucial de le rappeler : le référendum ne vise pas à fermer l’aéroport.

L’activité actuelle – maintenance, sauvetage aérien, formation et pôle d’innovation autour de l’aviation électrique – peut parfaitement perdurer sans nécessiter des investissements lourds financés par tous les contribuables valaisans. L’objectif est uniquement de stopper son extension coûteuse et climaticide.

J’espère que le référendum aboutira et que la population valaisanne pourra enfin se prononcer sur ce dossier décisif pour l’avenir de notre canton. Il est temps de privilégier l’intérêt général et la durabilité plutôt que les projets pharaoniques d’une minorité.

La richesse de la Suisse, c’est aussi ses paysages et sa nature

La richesse de la Suisse, c’est aussi ses paysages et sa nature

La véritable richesse de la Suisse ne figure sur aucun bilan bancaire. Ce sont sa diversité paysagère et ses milieux riches en espèces, les prairies, les lacs, les rivières, les forêts de feuillus et de conifères, ou encore les paysages rocheux qui côtoient parfois les glaciers, la liste est longue. Par rapport à 2010, la biodiversité se porte mieux, mais il reste encore une grosse marge de progression.

Pourtant, il y a longtemps que cette richesse, devenue très fragile, ne va plus de soi. Depuis le milieu du XXe siècle, l’utilisation intense des terres, une consommation élevée des ressources, la pression urbaine et les apports d’azote ont significativement modifié les cycles naturels. De précieux milieux ont fortement régressé ou se sont vus transformés. Un des exemples les plus marquants est la disparition des marais, dont la surface totale a diminué de 95% depuis 1900.

Cette évolution fait l’objet de la dernière publication de l’Académie suisse des sciences « Comprendre et agir pour la biodiversité », qui présente l’état de la biodiversité en Suisse et les changements qu’elle a subis, en particulier ces 15 dernières années. Le rapport souligne que la promotion de la biodiversité peut être couronnée de succès lorsqu’on la met en œuvre de façon ciblée et cohérente.

Des signaux positifs, enfin

La situation s’est ainsi améliorée pour de nombreuses espèces. C’est le cas du pic vert, de la mésange bleue ou du martin-pêcheur, qui ont vu leur population croître à nouveau, après des décennies de déclin. Le fait est que nous sommes déjà capables d’exploiter les milieux des paysages cultivés d’une manière favorable à la biodiversité. 

Et à cela s’ajoutent les nouvelles pratiques urbanistiques, comme la création de rues-jardin dans nos villes et villages. Ces rues-jardins offrent des habitats à de nombreuses espèces végétales et animales au milieu d’une zone résidentielle bétonnée. Ces rues, constituées d’espèces indigènes et résistantes aux extrêmes climatiques, rendent nos quartiers plus agréables en offrant une climatisation naturelle et en réduisant les risques liés aux inondations.

Les pressions restent là, et certaines passent sous les radars

Ceci dit, la biodiversité en Suisse continue de subir des pressions diverses se renforçant les unes les autres : utilisation intensive du sol, pollution, espèces exotiques envahissantes, changement climatique.

Parmi ces différentes pressions il en est une qui passe presque inaperçu : le soutien financier de l’Etat pour des activités dommageables pour la biodiversité, par exemple dans le domaine de l’énergie ou des transports. Dans une étude réalisée en 2020, l’Institut de recherche WSL a identifié 162 subventions, allégements fiscaux et autres incitations financières ayant un impact négatif sur la biodiversité. Supprimer ces subventions nocives aurait un effet doublement positif, puisque cela permettrait non seulement de préserver la biodiversité encore présente, mais aussi de libérer des moyens pour restaurer et renforcer les milieux détériorés et ainsi la qualité et la richesse biologique de nos paysages.

La biodiversité est vitale et fondamentale. C’est de l’eau propre, des sols fertiles, la régulation du climat, la santé, la protection contre les dangers naturels, et la qualité de vie. Des progrès ont été réalisés ces dernières années et il faut continuer et intensifier les efforts actuels. Mais ce n’est pas encore gagné : les décisions récentes prises par le parlement visant à affaiblir la protection des eaux ne vont malheureusement pas dans le bon sens…

 

S’adapter au changement climatique : un enjeu vital pour le Valais et pour toute la Suisse

S’adapter au changement climatique : un enjeu vital pour le Valais et pour toute la Suisse

Le Valais connaît mieux que quiconque les effets du réchauffement climatique : glaciers en recul, avalanches plus fréquentes, sécheresses prolongées, infrastructures menacées. Et pourtant, la Suisse, qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale, n’a pas encore les moyens d’agir à la hauteur de l’urgence.

En 2023, les Suisses ont voté la Loi Climat et Innovation, fixant l’objectif de neutralité carbone d’ici 2050. Une volonté claire. Mais les moyens manquent. La politique climatique actuelle de la Confédération est insuffisante, c’est même le vice-directeur de l’OFEV qui l’a reconnu : la Suisse manquera largement ses objectifs pour 2030 (-50 % d’émissions par rapport à 1990).

Pire encore : le programme d’allègement budgétaire 2027 prévoit des coupes drastiques dans les mesures climatiques, dont la suppression du programme Bâtiments, pourtant essentiel pour aider les propriétaires à isoler leurs logements. C’est pourquoi l’initiative pour un Fonds Climat est indispensable.

Elle propose d’investir 0,5 à 1 % du PIB dans trois piliers stratégiques :

  • Les énergies renouvelables
  • La rénovation des bâtiments
  • Une mobilité décarbonée

Mais ce n’est pas tout : le Fonds Climat ne se contente pas de réduire les émissions. Il prévoit aussi de financer l’adaptation, c’est-à-dire les mesures de protection contre les événements extrêmes qui vont se multiplier : inondations, glissements de terrain, feux de forêt. D’ici 2060, les coûts liés à ces catastrophes pourraient atteindre 34 milliards de francs par an, soit 4 % du PIB actuel.

Et il y a un autre enjeu : l’indépendance énergétique. En sortant du pétrole et du gaz, la Suisse renforce sa souveraineté dans un monde de plus en plus instable, comme le montrent la guerre en Ukraine, les tensions au Groenland ou la crise au Venezuela. Plus nous sommes autonomes, plus nous sommes résilients.

Contrairement à la Loi CO2 rejetée en 2021, ce Fonds ne repose sur aucune taxe ni impôt supplémentaire. La Confédération empruntera (aujourd’hui, à des taux proches de zéro)  hors mécanisme du frein à l’endettement.

Comme l’a souligné Jean-Pierre Danthine, ancien vice-président de la BNS et pourtant partisan du frein à l’endettement :

« Se serrer la ceinture aujourd’hui laisserait aux générations futures une situation bien pire : des dépenses inévitables plus élevées, une productivité affaiblie et un climat dégradé. Ce n’est pas un héritage responsable. Aujourd’hui, le fonds climat protégerait mieux les générations futures que le frein à l’endettement appliqué de manière aveugle. »

Le Fonds Climat, c’est une politique réaliste, juste et responsable. Pour le Valais. Pour la Suisse. Pour nos enfants.