La modification de la loi sur le service civil, présentée comme un renfort pour l’armée, risque en réalité de priver nos hôpitaux, nos EMS et l’agriculture de montagne d’une force vive essentielle, sans pour autant garantir un seul soldat supplémentaire. Décryptage d’une fausse bonne idée qui met en péril des services publics indispensables et la sécurité alimentaire de la Suisse.
En 2020, le Parlement fédéral a enterré la modification de la loi sur le service civil, car ce projet aurait simplement affaibli cette institution sans pour autant renforcer l’armée, ce qui était pourtant l’objectif initial de la réforme. Cinq ans plus tard, le projet revient presque à l’identique sur la table. Une nouvelle fois, ce texte ne renforce pas l’armée mais affaiblit le service civil : nous parlons ici d’une réduction de 40 % des effectifs !
Or, le Conseil fédéral l’a admis lui-même : il ne peut garantir une augmentation des effectifs de l’armée, puisque beaucoup de jeunes choisiront de se faire reconnaître médicalement inaptes au service s’ils n’ont plus la possibilité d’effectuer le service civil. De plus, la loi prévoit que l’armée suisse vise un effectif réglementaire de 100 000 militaires en service actif, avec un maximum fixé à 140 000 personnes astreintes. Aujourd’hui, cet objectif est largement atteint, puisqu’en 2025, l’effectif de l’armée dépasse le plafond légal pour atteindre près de 147 000 personnes.
L’année passée, ce ne sont pas moins de 430 000 heures de travail qui ont été fournies par les civilistes pour l’agriculture suisse.
Les civilistes sont des personnes aptes au service militaire qui, pour des raisons de conscience, accomplissent un service de remplacement. Celui-ci dure 1,5 fois plus longtemps que le service militaire. En 2025, 1,9 million de jours de service civil ont été effectués. Tout comme les militaires, les civilistes contribuent à leur manière à la sécurité de la population. Nous l’avons constaté lors de la crise du COVID, où les civilistes étaient en première ligne aux côtés du personnel soignant dans les hôpitaux et les EMS. De même, lorsque la Russie a envahi l’Ukraine, les civilistes ont travaillé dans les centres d’asile pour accueillir les réfugié·e·s ukrainien·ne·s.
Les civilistes au soutien de l’agriculture
Dans l’agriculture, les civilistes contribuent à la sécurité alimentaire du pays et à l’économie alpestre en soutenant nos paysans de montagne. L’année passée, ce ne sont pas moins de 430 000 heures de travail qui ont été fournies par les civilistes pour l’agriculture suisse. Beaucoup de petites exploitations agricoles seraient en grande difficulté sans eux, car la charge de travail deviendrait insupportable et les rendements trop faibles. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui a convaincu l’Association suisse des petits paysans de dire clairement non à cette loi. Même l’Union suisse des paysans a décidé de laisser la liberté de vote, bien qu’elle soit très proche des milieux de l’armée.
Les prestations du service civil sont très utiles dans les établissements médico-sociaux, les hôpitaux, les écoles, les institutions s’occupant de personnes en situation de handicap ou encore les institutions culturelles. Le travail des civilistes bénéficie également à la préservation des paysages et au tourisme dans notre canton. Par exemple, l’année passée, plusieurs civilistes ont restauré le mur en pierres sèches historique le long de l’Albinenweg, dans le Parc naturel régional du Bois de Finges, contribuant ainsi au maintien de l’attractivité touristique de ce paysage.
Un besoin réél au service de la collectivité
Les personnes effectuant leur service civil interviennent là où les ressources en personnel qualifié manquent et contribuent ainsi au fonctionnement quotidien d’institutions essentielles à notre pays. Elles ne prennent donc pas la place de personnes au chômage. Au total, il y a en Suisse 15 770 places d’affectation disponibles dans plus de 4 200 établissements, ce qui démontre que le service civil répond à un besoin réel de nombreuses structures.
Le service civil contribue donc au bon fonctionnement de notre pays et mérite d’être maintenu dans sa forme actuelle. Ne nous laissons pas duper par cette loi qui prétend renforcer l’armée. Tout ce qu’elle fera, c’est réduire le nombre de jours de service civil accomplis pour des tâches utiles à la collectivité et augmenter le nombre de jeunes déclarés inaptes au service militaire.